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Shin Gojira

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Shin Gojira

Titre original japonais : シン・ゴジラ (Shin Gojira)
Titres alternatifs (reste du monde) : Shin Godzilla, Godzilla Resurgence

Réalisateurs : Hideaki Anno & Shinji Higuchi
Avec : Shin’ya Tsukamoto, Satomi Ishihara, Jun Kunimura , Hiroki Hasegawa…
Durée : 118 minutes
Année de production : 2016
Origine : Japon

Tokyo et GodzillaLe bâtiment abritant l’hôtel Gracery Shinjuku et les Toho Cinemas, ainsi que la file d’attente le matin de la sortie du film.

Voyage à Tokyo pour découvrir un phénomène : Fan de Godzilla, et des kaijū eiga en général (d’où ce blog), je me suis rendu cet été à Tokyo afin de découvrir Shin Gojira sur place le jour J. Et, pour profiter un maximum de l’expérience, quoi de mieux que de réserver une chambre à l’hôtel Gracery Shinjuku ? Il s’agit du fameux “hôtel Godzilla”, surnommé ainsi à cause de la présence d’un buste géant représentant la bestiole sur sa terrasse, ainsi que d’une chambre entièrement customisée à l’image du monstre (sans parler des desserts à thème du restaurant et autres produits dérivés vendus dans le lobby). Le bâtiment abrite également des salles de cinémas Toho Cinemas. Une chaîne qui, comme son nom l’indique, appartient à la société Tōhō, la maison de production à l’origine de la saga Godzilla. Pratique.

J’ai en plus eu la chance d’assister, le 25 juillet, à la World Premiere Red Carpet Event devant l’hôtel Gracery Shinjuku et les cinémas de la Tōhō. Pas d’avant-première du film ce jour-là, mais, tout de même, la présence des deux réalisateurs et d’une partie de l’équipe du film.

Puis enfin, le 29 juillet, le film sort dans tous les bons cinémas japonais ! Et c’est assez hallucinant de découvrir le phénomène sur place puisque, dès 7h du matin, une file d’attente colossale se formait devant l’établissement ! Me concernant, j’ai patienté quant à moi jusqu’au soir pour le découvrir une première fois en « 4DX » (avec les sièges qui bougent et tout le tsoin tsoin), avant de retenter l’expérience le lendemain, cette fois-ci en IMAX… et avec une meilleure compréhension du scénario (merci Internet et ses spoilers multilingues dès le lendemain de la sortie d’un film au cinéma) !

Bref, avant de commencer ma petite critique du film, je pense devoir préciser deux choses le concernant :

  1. D’une part, ce Shin Gojira se déroule dans un univers à part de celui du remake américain. Pas le moindre lien entre eux donc.
  2. Ensuite, pour la toute première fois, il s’agit d’un reboot complet de la saga. Les précédents opus suivent effectivement tous le classique de 1954, sans pour autant avoir de lien entre eux, mais ici on fait table rase du passé.

Tapis rouge pour la World Premiere Red Carpet Event, devant l'hôtel Gracery ShinjukuLa World Premiere Red Carpet Event. Oui, j’avais remarqué que le panneau tenu par le monsieur indiquait clairement que les photos étaient interdites. Rebelle, je suis passé outre. #toughguy #thuglife #donttellmewhattodo

Histoire : C’est une paisible journée au Japon, jusqu’à ce qu’une étrange fontaine d’eau jaillisse dans la baie, provoquant la panique. Les représentants gouvernementaux soupçonnent d’abord une simple activité volcanique, pourtant un jeune cadre se demande s’il ne s’agit pas d’autre chose… quelque chose de vivant. Son pire cauchemar se matérialise lorsqu’un gigantesque monstre émerge des profondeurs. Alors que le gouvernement lutte pour sauver les citoyens, une équipe tente de découvrir les faiblesses du monstre. Mais le temps n’est pas de leur côté – la plus grosse catastrophe que le monde n’ait jamais connu est sur le point d’évoluer juste sous leurs yeux.

Ma chronique : Comme dit plus haut, je n’ai pas pu tout appréhender lors du premier visionnage. Mes connaissances de la langue japonaise frôlant le néant, c’est plutôt normal. Cependant, m’attendant à une espèce de remake du film original ou du Retour de Godzilla (1984), je pensais pouvoir facilement déduire ce qui se tramait sous mes yeux, malgré l’absence de sous-titres. Je me suis lourdement trompé !

Le gros du film est en réalité centré sur des discussions politiques, militaires et scientifiques. Et, fait surprenant, il n’y a quasiment pas le moindre développement sur la vie privée des personnages ou de scénario s’imbriquant avec l’apparition du monstre, comme c’était habituellement le cas. On assiste alors uniquement à des réunions et séances de travail au sein du gouvernement. Je peux vous l’assurer : lorsque l’on ne comprend rien, c’est très pénible. C’est pourquoi une seconde séance, après m’être renseigné sur le contenu de ces discussions, était obligatoire.

J’admets cependant que ces passages sont très bien mis en scènes, la manière de filmer varie d’une scène à l’autre, évitant ainsi une trop lourde monotonie pour les spectateurs.

Pour brièvement résumer le contenu du long métrage et l’origine de tous ces palabres, le film de 1954 était une évidente métaphore des bombes nucléaires américaines, ici la principale source d’inspiration du scénario est le drame de Fukushima. Les dialogues et les situations comportent alors des références pas toujours évidentes pour des spectateurs occidentaux. Le film s’adresse à un public Japonais et critique la manière dont le gouvernement a agi face au drame. Par exemple, le Premier ministre du film assure que Godzilla ne posera pas ses vilaines papattes radioactives sur la terre ferme, ce qui renvoie au déni du gouvernement concernant le danger que couraient les réacteurs de Fukushima Daiichi après le tsunami et les tremblements de terre.

Vous l’aurez compris, l’ambiance du film est sombre. On est loin du fun de la majorité des opus de la période Shōwa de la saga (1954-1975) ! Un véritable retour aux sources et, pour la peine, notre cher Godzilla a subi un sévère relooking pour un effet tout ce qu’il y a de plus monstrueux ! Un look qui a beaucoup surpris et divisé les fans, personnellement je fais partie de ceux qui apprécient ce changement. C’est quand même classe un Casimir zombifié ayant abusé de globiboulga radioactif, non ?

Et bien que dubitatif quant à l’utilité de la plupart des scènes avec les humains (certes intéressantes mais peut-être trop nombreux à mon goût), s’il y a un élément que je ne trouve pas particulièrement réussi c’est bien Godzilla ! Il y a un véritable effet « waouw » à chacune de ses apparitions, outre son apparence positivement ignoble et sa taille record (un bon 118,5 mètres), plusieurs nouveautés bienvenues ont été apportées au monstre. Je peux vous assurer que les bandes annonces sont loin d’avoir tout dévoilé ! Mais chut, je n’en dirai pas plus…

Notons aussi que, pour une fois, Godzilla n’est pas interprété par un acteur en costume, si l’on ne tient pas compte de la technique du Motion Capture qui a été utilisée, mais est intégralement réalisé en images de synthèse. Le cinéma japonais a eu recours à cette technique uniquement deux fois par le passé afin de donner vie au célèbre monstre : dans Godzilla vs. Megaguirus (2000), lors d’une séquence sous-marine, puis Always: Sunset on Third Street 2 (2007), dans le rêve de l’un des personnages. Heureusement, le résultat est splendide par rapport aux deux films précités. À plusieurs reprises, j’ai cru avoir affaire à des animatroniques ou des marionnettes, mais il s’avère que l’utilisation de ces derniers a vite été abandonnée par la production, au profit d’une utilisation complète d’images de synthèse.

Autre point positif, la bande son ! La musique de Shiro Sagisu reprend certains thèmes classiques de la saga japonaise, pour le plus grand bonheur des fans, mais comporte évidemment des nouveautés, dont certaines pistes inspirées de ses compositions pour Evangelion ! Sachant que le compositeur a travaillé avec les deux réalisateurs par le passé, sa présence sur le projet n’est pas une surprise !

D’ailleurs, il faudrait au moins que je mentionne les deux messieurs ayant ressuscité notre kaijū favori, du moins le mien, Shinji Higuchi et Hideaki Anno. Le premier est connu pour avoir adapté le manga L’Attaque des Titans sur grand écran en 2015. Il a également réalisé un intéressant court en 2012, Giant God Warrior Appears in Tokyo (aka Kyoshinhei Tôkyô ni arawaru), dont quelques plans ont été directement repris sur Shin Gojira. Le second, sans doute un poil plus connu, n’est autre que le créateur de la série et des films Evangelion !

Concernant les acteurs, presque tous s’en sortent brillamment. Parmi eux, j’ai repéré Akira Emoto et Jun Kunimura, qui ont tous deux joué dans d’autres opus de la saga. L’un interprétait le Major Akira Yuki dans Godzilla vs. Space Godzilla (1994), l’autre le Major Komuro dans Godzilla : Final Wars (2004). Seule ombre au tableau, l’actrice Satomi Ishihara qui joue une Américaine d’origine Japonaise… à l’anglais catastrophique ! Au point qu’il m’a fallu un long moment pour incorporer que, s’il y avait parfois des sous-titres japonais lorsqu’elle ouvrait la bouche, c’était car elle ne débitait tout simplement pas des mots japonais.

Le Godzilla américain de 2014 se focalisait trop sur les personnages humains, au détriment des monstres, les spectateurs manquaient alors le gros des combats. Ici, la vilaine bestiole est au centre de toutes les attentions… au détriment du développement des personnages humains, et sans avoir une présence considérable à l’écran pour autant ! De plus, la catastrophe n’y apparaît pas assez du point de vue des victimes. Dommage que l’on n’ait pas eu droit à un juste-milieu. Mais ne boudons pas notre plaisir : le Roi est de retour, et ça fait un bien fou !

Autour du film :

  • Shin Gojira eut droit à une sortie européenne grâce au Festival international du film de Catalogne, où il fut diffusé les 8 et 9 octobre. Les États-Unis et le Canada, eux, ont obtenu une sortie limitée du 11 au 18 octobre, tandis que l’Australie doit se contenter du jeudi 13 du même mois.

Blu-ray, DVD et VHS :
Shin Gojira est sorti en DVD et Blu-ray le 22 mars 2017 au Japon. Sans surprise, sous-titré en japonais uniquement. Sachez cependant que le film sortira sur ces supports fin avril à Hong Kong, avec un sous-titrage anglais à disposition.